Cela faisait plusieurs fois que je lorgnais sur cet ouvrage, ostensiblement affiché dans la vitrine d’une librairie du XVIème arrondissement. L’une de celles où le silence règle, où personne n’est assis par terre pour feuilleter des ouvrages délicieux, où dès l’entrée, immédiatement, l’on trouve, une affichette en lettres majuscules « Merci de ne pas utiliser votre téléphone portable ». Dont acte. Crispation intérieure ;-).
La troisième fois fut la bonne, je repartis avec l’ouvrage : une bestiole de 428 pages sobrement intitulée « Brèves de blog – Le nouvel âge de la conversation » commise par le dénommé Pierre Assouline, que l’on ne présente plus et qui du haut de son rutilant blog intitulé « La République des Livres » ne pouvait que parler à mon coeur de passionnée des Lettres s’intéressant aux usages éditoriaux du blog et à leurs enjeux.
Pourquoi la préface écrite par M. Assouline retint-elle mon attention ?
- M. Assouline, fort de son expérience personnelle, éditoriale et professionnelle du blog, nous livre ses convictions sur l’univers du blog et les citations qui l’inspirent.
- Sur ce blog, « On ne s’intéresse pas aux gens pour ce qu’ils font – leur fortune, leur pouvoir ou leur métier, toutes choses ignorées et jamais demandées – mais pour ce qu’ils sont », affirme-t-il page 9. Un constat plutôt réjouissant mais qui questionne à l’heure où l’on s’empoigne sur d’autres sphères internautes sur les influences et les personnalités blogosphériques … ;-), à l’heure où la gestion de l’identité numérique devient elle aussi un enjeu économique – et une urgence citoyenne ?
- Un blog est un espace de dialogue. Il met en oeuvre « une égalité de départ entre les interlocuteurs » puisque chacun peut s’exprimer. C’est un « salon » où règne l’art de la conversation et de faire référence à la grande période des salons littéraires en France.
- Un art curieux de la conversation : « Poster un commentaire à la suite d’un billet sur un blog, c’est avoir l’assurance de s’exprimer sans être interrompu« . Une phrase à méditer ;-).
- Il explique ce qu’est pour lui un blog professionnel, à savoir un blog où « son seul et unique animateur y exerce son métier, le journalisme culturel, comme il le fait sur d’autres supports, qu’il y écrit selon les canons de cette profession, et qu’il l’a inscrit dans un modéle économique destiné à le monétiser par la publicité »… Très certainement valable pour nombre de corps professionnels mais discutable pour l’enseignante que je suis. Un blog pédagogique se conjugue à plusieurs voix, celles des élèves et celle de l’enseignant. Pourrais-je par ailleurs monétiser les travaux pédagogiques de mes élèves ? Cela me semble éthiquement impossible. Professionnalisation ne rime pas forcément avec monétisation.
- Il définit sa ligne éditoriale : « Il était hors de question de raconter ma vie et d’exposer mes vues sur le monde ; il s’agissait bien de me consacrer à la critique de livres, à l’information sur la vie littéraire et à quelques réflexions sur l’écriture, en France et à l’étranger. »
- Il expose les ressorts de la fidélisation de son lectorat : « il faut leur donner rendez-vous, non pas périodiquement comme c’est le cas avec le papier, mais en permanence, c’est-à-dire en temps réel ». Un choix exigeant auquel tous les blogueurs n’adhèrent pas, certains mêmes développant un art de lenteur, intitulé Slow Blogging, fort pertinemment décrit par Eric Mainville.
- La communauté des lecteurs d’un blog est une source d’informations : « souvent les lecteurs m’envoient des informations, m’alertent sur telle parution, me mettent sur des pistes » et font preuve comme il le constate plusieurs fois d’une expertise qui dépasse la sienne. Des propos qui font écho à cet article d’ Alain Joannès sur l’apport des blogs d’experts et auteur d’un excellent livre sur les nouveaux outils du journalisme.
- Et de constater par les mots de Andrew Keen, auteur de « Il ne faut pas diaboliser Google » : « l’information, aujourd’hui, est devenue une conversation. »
- La communauté d’un blog peut être prescriptrice et donc actrice économique : « les éditeurs surveillent La République des Livres. Ils savent la capacité d’un blog littéraire à devenir un prescripteur de livres, qu’il s’agisse du blogueur ou de ses commentateurs ».
- Que « cherche-t-on (sur un blog) sinon (…) transcender la réalité comme autrefois ? Une ritournelle qui nous fait méditer sur ce « nouvel » art de la conversation …
Suivent après cette préface réflexive la publication des commentaires savoureux publiés par les sagaces lecteurs et « intervenautes » du blog de Pierre Assouline : à savourer … de façon silencieuse et sans portable ;-) ?
Image : capture écran de la bannière de la République des Livres.
