Christelle Membrey-Bézier

Cultures numériques. Stratégies digitales. DSI.

Le Marketing des Juniors – Doudous, doulescents, adolescents, adulescents …

Yohann Gicquel est l’auteur de l’un de ces ouvrages que l’on dévore avec délectation : petit, utile, économique et délicieux à déchiffrer, il devrait figurer dans la bibliothèque de tout jeune internaute curieux de comprendre les ressorts mercantiles du monde dans lequel il évolue. Paru dans la collection « Les Mini-Génies »  – qui recèle d’ailleurs moultes pépites – , « Le Marketing des Juniors » revient ici sur quelques fondamentaux.

Oui, les enfants sont devenus de véritables décideurs et influenceurs dans le processus de consommation familiale. Voilà pourquoi la consommation des juniors intéresse tant aujourd’hui les industriels. Cet engouement pour les juniors – nombril de la société ?-  s’explique par une attention naturelle car physiologique mais aussi économique puisque les enfants sont aussi des consommateurs de plus en plus précoces. La naissance de l’enfant roi marque le pas d’une relation tripartite entre le marketing, le parent et l’enfant. Si dans un premier temps, le marketing s’adresse directement aux parents pour le bien-être de l’enfant, progressivement, l’enfant devient ensuite un intermédiaire dans la relation marketing, conduisant de facto les parents à l’acte d’achat jusqu’à argent de poche oblige, acquérir toute autonomie à ce sujet.

Méthodiquement, l’auteur dresse le portrait de cette communauté en devenir. Quatre sous-générations se distinguent :
•    les doudous : âgés de 0 à 3 ans

•    les doulescents : âgés de 4 à 11, ils se caractérisent  par l’art de l’ « aspiration ascensionnelle », autrement dit le désir de posséder les codes de la tranche d’âge supérieure.

•   les adolescents :  âgés de 12 à 17 ans, ils  s’hyper-identifient à une multitude de personnalités éphémères. Aussi les marques ont-elles du mal à cerner ce segment et notent-elles avec intérêt qu’ils consomment des magazines et des sites internet ou blogs, « à fort pouvoir identitaire, où le je est prédominant, afin de cultiver leur nouvelle identité et de rester à l’affut des bons plans pas chers, voire d’entretenir une certaine culture de la gratuité ».

•    les adulescents :  âgés de 18 à 24 ans.

Comment faire connaître un produit auprès des juniors?

Les ressorts de cette adoption sont identiques à celle des adultes.

« La convoitise naît lorsque le produit est porté par les trendsetters – généralement les médias- qui vont ainsi créer une tendance. Celle-ci s’étendra aux early-adopters, petit nombre d’individus ayant très rapidement accès à l’offre. (…) La rumeur se propage ensuite dans les cours de récréation pour les doudous, les doulescents et les adolescents. Les individus qui, dans ce troisième temps, adoptent massivement l’offre sont appelés les mass adopters ou la ruche. » A partir de ce moment, il n’est plus question de tendance mais de mode. Cette technique de propagation est basée sur le bouche à oreille autrement nommé buzz marketing ou marketing viral, puissant levier mais qui n’est pas facilement maîtrisable. »

La fin de l’ouvrage, pédagogique en diable, ne manque pas de nous livrer dans un glossaire sans blabla le secret de quelques expressions barbares. Etes-vous une Maya ou un Willy ? Pour le savoir, délectez-vous des termes suivants :

ABEILLES
Les abeilles jouent le rôle de connecteurs entre les reines et la ruche dans une communication basée sur une propagation du message par le buzz. Elles adoptent les codes des reines et en font des tendances puis une mode.

BOUCHE A OREILLE – BUZZ
Mode de communication développé entre les individus de façon spontanée, pour transmettre un message.

COMMUNICATION HORS MÉDIA
Par opposition à la communication de masse ou de média (télévision, cinéma, radio, presse, internet, la communication hors-média rassemble la promotion des ventes, les relations publiques, le parrainage … et les cours d’école ;-).

EARLY ADOPTERS
Second groupe de personnes impliquées dans le processus de transmission d’une tendance après les trendsetters.

GUERILLA MARKETING
Pratiques marketing dites manipulatrices qui sont à la limite du déontologique et de la légalité. Les pratiques les plus courantes de guérilla marketing sont la dégradation de la concurrence et la promotion masquée d’une marque sur des forums ou des chats internet.

MARKETING VIRAL – BUZZ MARKETING
Technique marketing dont le but est la propagation d’un message à travers un groupe d’individus à des fins promotionnelles. Le buzz marketing peut aussi provenir du groupe d’individus lui-même qui peut propager un message positif sur la marque ou négatif. Le buzz marketing est difficilement maîtrisable par la marque.

MASS ADOPTERS
Ensemble d’individus le plus important (en volume) qui emprunte une tendance émise par les early adopters; celle-ci une fois prise en charge par la masse devient une mode.

POSITIONNEMENT
Image que la marque souhaite donner à son produit, ou à elle-même, auprès des consommateurs.

REINES
Les reines sont les prescripteurs dans une action de communication dont le moyen de diffusion est le buzz. Elles ont un rôle de connecteurs entre les trendsetters et les abeilles.

RUCHE
La ruche représente l’ensemble de la société dans une communication basée sur une propagation du message par le buzz. Elle rassemble l’ensemble des individus qui ne sont ni des reines, ni des abeilles, elles forment la fin du processus de propagation.

STREET MARKETING
Technique marketing se déroulant dans la rue, qui a pour but de favoriser un contact de proximité avec la cible de la marque, dans le but de promouvoir un produit ou une marque.

Un ouvrage majuscule en dépit de sa taille minuscule ! Quant à ceux qui ne sauraient qui sont Willy et Maya, les voici en pâture et en pleine séance de Street Marketing ;-).

Ouvrage disponible ici.

Que blogues-tu? Pourquoi blogues-tu? Blogues-tu « à part »? Usages juvéniles de la « scène médiatique » du blog par Mme Dumez Féroc

Pourquoi les jeunes bloguent-ils ? Quelles sont leurs pratiques de production et de réception de l’écrit et de l’image en ligne ? Dans un ouvrage intitulé « Les jeunes et les médias, Les raisons du succès », dirigé par Laurence Corroy, Isabelle Dumez Féroc, chercheur, maître de conférences en Sciences de l’Information et de la Communication à l’Université de Poitiers, qui a fait des usages enfantins et juvéniles des TIC son principal domaine de recherche, tente de répondre à ces questions.

Internet, précise-t-elle, est une technologie qui sert des logiques sociales très diversifiées et qui met en oeuvre des dispositifs de communication, synchrone  et asynchrone. Son utilisation relève du phénomène social tant par sa  dimension individuelle que collective.

Une grande majorité des jeunes se sert de ce média de façon quotidienne : un média qui fonctionne comme les autres sur une logique de flux. Par nature,  un blog est un site réactif qui fonctionne sur cette logique de production-réception en flux et qui donne la possibilité de produire et d’interagir immédiatement. Un objet médiatique qui nécessite peu de savoir-faire technique, une « proposition gratuite d’armatures à compléter avec des contenus textes images et sons ».
L’auteur note d’ailleurs que « l’abondance de telles productions a promu l’écriture du blog au statut de genre rédactionnel  » -plus proche du billet critique que de la brève journalistique toutefois-.
Chaque utilisateur de ces espaces de publication devient ainsi auteur, directeur et responsable de sa publication au sein d’un espace de diffusion libre -sans autorité- dont la seule instance de légitimation est est finalement la communauté de pairs.

Pourquoi bloguer ? Pourquoi communiquer sur et avec Internet ? L’auteur de cette enquête s’est adressée  à  une trentaine de jeunes français de juin 2007 à janvier 2008 au cours d’entretiens semi-directifs. Elle souligne la faiblesse des revenus économiques des groupes de jeunes usagers et la gratuité apparente des outils du web 2.0.  Elle caractérise surtout sociologiquement l’utilisation de son support.

Le blog est un « répertoire relationnel qui permet de tisser des liens » et de « produire son identité sociale ».
Les énoncés intimes engendrent des phénomènes d’identification et de reconnaissance. Un jeune blogueur partage ses  intériorités, ses activités communes, ses opinions. Le blog lui permet d’instaurer une continuité dans la communication et le partage de cette « intériorité ». Les blogs de fans sont plus rares que l’on ne l’imagine car de facto, spontanément, les jeunes blogueurs s’adressent à un cercle de proches, remettant au goût du jour la loi journalistique dite « loi de proximité ».

Que blogues-tu ?

•    Le blogueur présente  ses amis.
•    Le blogueur parle de lui.
•    Le blogueur décrit les activités sociales du groupe auquel il appartient.
Autant d’accroches qui ont pour objectifs de déclencher la conversation.
Les articles traitant des questions de société sont plutôt rares car non conformes au format d’article socialement admissible dans le groupe.

Ce sont les commentaires des lecteurs qui fonctionnent comme vecteur principal des normes sociales  implicitement partagés par le groupe. – N.B : Une simple observation d’un Skyblog vous fera noter que le croustillant de tels espaces ne se situe pas forcément dans les articles mais dans les commentaires, ces derniers étant parfois si nombreux que l’on si perd !
Cette place accordée aux commentaires, cette porte ouverte laissée au regard d’autrui explique aussi  l’uniformisation des blogs tant sur le plan du graphisme que du contenu. In fine, le blog, puisque permettant de rester en contact avec autrui, prend essentiellement une dimension phatique. Un phénomène que l’on constate aussi chez les blogueurs adultes, dont certains vont jusqu’à écrire -eux aussi- des articles pour expliquer qu’il n’y aura pas d’articles ;-) …

Dans ce type de  blog, note l’auteur,  « la manière dont est exprimée la personnalité du blogueur a souvent plus d’importance que ce qu’il énonce. Aussi l’aspect visuel est-il primordial. »

Combien de temps blogues-tu ?

L’espace temps du blogging adolescent, contrairement à ce que l’on peut imaginer, est court. Selon les réponses fournies par un groupe d’adolescents, il serait d’à peine une demi-heure. Son emploi du temps, notamment scolaire, ne lui permet pas davantage. Rares sont les jeunes interrogés par l’auteur qui déclarent positionner leurs activités de publication ligne de priorité sur leur emploi du  temps -sauf au début peut-être de leur projet de publication.

Pourquoi blogues-tu ?

C’est une activité ludique, superfétatoire en apparence mais qui remplit plusieurs fonctions explicites et implicites.

•    Elle permet d’adopter une posture de consommation médiatique audiovisuelle avec la consultation de sites web : c’est ce que l’on pourrait résumer par cette idée : « pour être dans le coup, mon poussinou, il te faut un blog,  sous peine d’être ringard »
•    Elle  participe de la culture du contrat car elle s’adresse à un public : elle facilite une  « sociabilité horizontale » avec les pairs. Qui n’a pas déjà noté que le blog d’un adolescent est en effet bien peu lu – ou même connu de ses parents , si ce n’est par des amis ?
•    Elle permet aussi une communication triangulée, le jeune blogueur prenant à parti des inconnus pour parler de et à son groupe d’appartenance.
•    Elle facilite une communication asynchrone ; l’ interaction qu’elle facilite permet d’échapper aux contraintes financières et temporelles.
•    Elle permet de réfléchir à l’avance à la forme à l’objet et à la forme de l’article : prendre le temps et le plaisir d’écrire, réfléchir, revenir en arrière sont des activités ici mises en valeur.
•    Elle permet de parler sur soi plutôt que de parler de soi. Elle remplit ainsi un rôle de présentation et de représentation pour objectiver ou incarner sa propre existence. Mais aussi un rôle de construction qui permet de faire évoluer une image de soi.
•    Elle est semblable de facto à une carte de visite évolutive, autorisant une définition de soi et une publicisation de la facette choisie : les changements  de blogs eux-mêmes (création ou suppression) sont des éléments révélateurs de cette dynamique.
•    Elle permet l’intégration dans un groupe : puisque tout le monde a un blog, en avoir un permet d’exister  dans le groupe.
•    Contrairement au blog d’adultes, cet espace de publication n’a pas de fonction informative mais une fonction sociale. Le blog constitue l’occasion de déployer sa sociabilité digitale.

•    Véritable « scène médiatique », il mêle voyeurisme et exhibitionnisme en permettant aux adolescents à la fois de voir les autres mais aussi d’assouvir leur besoin d’expression personnelle.

•    La clé de son succès, le blog la doit à ce sentiment de liberté.
•    Il est important de souligner que « la pratique du blog a de réels bienfaits : elle éveille chez de nombreux jeunes le goût de l’écriture et la passion de l’image, elle valorise l’expression et les productions d’une jeunesse sovent en  mal d’estime et elle participe au maintien d’un lien social parfois en déliquescence dans certains lieux de vie (quartiers, établissements scolaires). Quand le virtuel vient à la rescousse du réel, le blog peut se targuer de son succès. »

Des remarques que mes propres usages et observations confirment, même si, comme à l’habitude, je ne peux m’empêcher de sursauter lorsque je lis que le blog « adulte » serait plus « informatif » que le blog « adolescent ». De telles affirmations dessinent un territoire moral de l’Internet, où il serait de bon ton d’opiner du chef dès qu’il s’agit d’éduquer nos enfants tout en faisant mine de ne pas noter que les pratiques des « adultes » sont souvent similaires … et doivent faire l’objet de tout autant de vigilance.

Autant le contenu de ces travaux me semble pertinent, autant l’idée -présente dans le titre de cette enquête- que les jeunes blogueraient différemment des adultes et réciproquement, me semble à débattre …

En tant qu’enseignante et citoyenne, à l’heure où Internet rime souvent avec peurs, j’ai été particulièrement sensible par ailleurs à la volonté de l’auteur de souligner les bienfaits potentiels du blog en notant son lien avec la lecture, l’écriture et le partage, des dimensions qui me sont chères !

Le Web 2.0 en perspective – Une analyse socio-économique de l’internet

Franck Rebillard, auteur de cet ouvrage dédié au web 2.0, dresse ici un portrait analytique et socio-économique de l’internet. Un portrait mesuré et conscient de la complexité et de la lenteur inhérente à la mise en oeuvre de ces « nouveaux » usages dans notre existence. Pérennité, mutations, hybridation, il balaie en quelques mots le « raisonnement binaire » qui opposerait l’ancien et le nouveau, les médias traditionnels et internet.

L’avènement des communautés ?

M. Rebillard revient ici sur la croyance « webdeusienne » la plus répandue : la verticalité des médias 1.0 qui s’adresseraient à des consommateurs passifs tandis que les médias 2.0, royaume de la conversation, déploieraient une communauté horizontale, où chacun, se transformant lui-même en média, agirait in fine d’égal à égal avec l’ensemble des producteurs de contenus. Le partage d’informations n’est pas une nouveauté, ajoute-t-il. Ce qui est nouveau, c’est l’envergure de ces pratiques, sans équivalent dans l’histoire. Et de souligner :  » l’internet n’est pas une révolution. C’est plutôt une accélération qu’une mise en mouvement ».

Des communautés virtuelles ?

Internet aurait inventé des « formes de relations sociales dénuées de tout contexte spatial ou temporel ». N’est-ce pas le rôle que joue aussi les médias, notamment spécialisés, que de permettre à des lecteurs souvent éloignés géographiquement de « se retrouver  autour de sujets parfois très pointus » ? Les frontières entre médias traditionnels et Internet sont plus ténues qu’on ne les imagine. Où Internet serait-il plus innovant ? Dans la « fourniture d’un appareillage qui autorise des modalités d’interactions plus variées ».

Tous des auteurs sur la Toile ?

L’internaute, grâce aux outils mis à sa disposition, est désormais impliqué dans la création de contenus. Aussi les sites USER GENERATED CONTENT – sites aux contenus générés par les utilisateurs -font-ils l’objet de toutes les attentions. Ce discours donne l’image d’un internaute actif, à même de se saisir des outils mis à disposition pour créer un contenu qui participe à cette économie … intellectuelle.Les degrés d’implication et de participation sont pourtant multiples : on peut tout aussi bien donner son avis, voter sur un site, poster un commentaire, participer à un forum, publier sur un wiki ou sur un blog. Quid de la notion d’auteur ? Cette notion, selon M. Rebillard, « renvoie à un modèle éditorial non directement transposable à l’internet ». Toute activité de mise en relation, d’échange ou de circulations de contenus peut-elle être assimilée à une écriture ? « Il faut une cohérence sémantique née d’une finalité communicationnelle. C’est à ce prix-là  que l’internaute est auteur. » Et de souligner que les producteurs de contenus originaux sur la Toile sont moins nombreux qu’on ne l’imagine : même si une certaine industrie du web laisse à entendre le contraire, beaucoup d’internautes se contentent de relayer des informations produites par d’autres.

Mettre à distance l’idéologie techniciste

Des remarques qui amènent peu à peu M. Rebillard à inviter le lecteur à noter la part d’imaginaire qui entoure le déploiement des technologies. « La nouvelle technologie, note-t-il, est censée féconder une aussi toute nouvelle organisation des relations sociales, des rapports au travail ou des pratiques médiatiques et culturelles ». Et de citer les prophéties des grands acteurs, les fabrications des premières applications, les représentations journalistiques de l’internet et celles issues de la littérature de vulgarisation ou d’anticipation qui sont souvent bien loin de correspondre aux réalités des pratiques.

Cette utopie n’ a rien de nouveau ! Elle s’inscrit selon lui dans trois traditions historiquement datées :

  • « le culte saint-simonien des réseaux »
  • « le principe wienerien d’une circulation de l’info sans entrave »
  • « la critique post-soixante-huitarde de la consommation, dans la promotion de l’autonomie individuelle »

« Des discours d’autant mieux accueillis socialement qu’ils collent, ajoute-t-il, au nouvel esprit du capitalisme. » Une vision critique des idéologies liées au déploiement de ces technologies qui ne l’empêche pas de montrer, toujours avec force citations et réflexions, qu’ Internet est un dispositif de communication « total », qui mobilise la quasi-totalité des secteurs d’activité et qui est présent tant dans l’espace domestique que sur le lieu de travail ou dans les lieux publics. Son aspect protéiforme et paradoxal doit nous inviter à une mise à distance critique vis-à-vis des discours qui y sont associés.

Franck Rebillard,Le Web 2.0 en perspective, Une analye socio-économique de l’Internet, L’Harmattan, Questions Contemporaines – Série Les industries de la culture et de la communication.

Mes notes sont loin d’être exhaustives. La richesse de cet ouvrage mérite beaucoup plus que quelques lignes.

Et pour conclure …

Rebillard Web2 Reseaux Sociaux

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C’est vraiment le genre d’ouvrage que j’aurais aimé lire lorsque j’ai fait mes premiers pas sur la Toile il y a de cela quelques années et où, tel Bambi, je naviguais dans un océan de nouveautés, prétendant « révolutionner » mon existence, me présenter un Internet « nouveau » ou encore m’apprendre à apprendre mais bien sûr … de façon 2.0 ;-) ! Au mois de mai, comme tous les écrivaillons le prétendent ;-) – ma vie a pris un tournant décisif, j’ai décidé, acté, effectué, changé, bifurqué, appris et rencontré un homme délicieux et intelligent dont je lisais les écrits internautes avec beaucoup d’attention depuis plusieurs mois. Un homme que bêtement – pour assister à une présentation commerciale sans intérêt d’un service qui allait soi-disant révolutionner mes pratiques d’enseignante – je fis attendre plus longtemps qu’il ne l’aurait fallu. C’est vrai, on ne devrait jamais faire attendre les esprits que l’on aime. Mais le sort en avait décidé ainsi. Et non contente d’en faire attendre un, j’en fis attendre deux, le second ayant la délicatesse de me faire croire … qu’il ne m’attendait pas et que bien sûr … mais passons, je m’égare et cesse de faire attendre ce saint homme, même dans les mots de ce billet ! Me voici donc pantelante, le talon morcelé, la mine défaite, l’agacement perceptible – j’adore détester arriver en retard – et là, cet homme qui m’offre sa présence, ses mots,  ce livre – et aussi des petits fours que je dévorerai consciencieusement en faisant mine de ne pas le faire. Il ne le sait pas mais c’est mon anniversaire. Il ne le sait pas mais j’emmènerai ce livre dans plus de trains et de voitures que je ne serai capable de compter. Il ne le sait pas mais je sais déjà que si un jour, je dois écrire, ce sera sur ce livre ! Dont acte.

Brèves de Blogs par Pierre Assouline – Fragments d’un discours blogueux

Cela faisait plusieurs fois que je lorgnais sur cet ouvrage, ostensiblement affiché dans la vitrine d’une librairie du XVIème arrondissement. L’une de celles où le silence règle, où personne n’est assis par terre pour feuilleter des ouvrages délicieux, où dès l’entrée, immédiatement, l’on trouve, une affichette en lettres majuscules  « Merci de ne pas utiliser votre téléphone portable ». Dont acte. Crispation intérieure ;-).

La troisième fois fut la bonne, je repartis avec l’ouvrage : une bestiole de 428 pages sobrement intitulée « Brèves de blog – Le nouvel âge de la conversation » commise par le dénommé Pierre Assouline, que l’on ne présente plus et qui du haut de son rutilant blog intitulé « La République des Livres » ne pouvait que parler à mon coeur de passionnée des Lettres s’intéressant aux usages éditoriaux du blog et à leurs enjeux.

Pourquoi la préface écrite par M. Assouline retint-elle mon attention ?

  • M. Assouline, fort de son expérience personnelle, éditoriale et professionnelle du blog, nous livre ses convictions sur l’univers du blog et les citations qui l’inspirent.
  • Sur ce blog, « On ne s’intéresse pas  aux gens pour ce qu’ils font – leur fortune, leur pouvoir ou leur métier, toutes choses ignorées et jamais demandées – mais pour ce qu’ils sont », affirme-t-il page 9. Un constat plutôt réjouissant mais qui questionne à l’heure où l’on s’empoigne sur d’autres sphères internautes sur les influences et les personnalités blogosphériques … ;-), à l’heure où la gestion de l’identité numérique devient elle aussi un enjeu économique – et une urgence citoyenne ?
  • Un blog est un espace de dialogue. Il met en oeuvre « une égalité de départ entre les interlocuteurs » puisque chacun peut s’exprimer. C’est un « salon » où règne l’art de la conversation et de faire référence à la grande période des salons littéraires en France.
  • Un art curieux de la conversation : « Poster un commentaire à la suite d’un billet sur un blog, c’est avoir l’assurance de s’exprimer sans être interrompu« . Une phrase à méditer ;-).
  • Il explique ce qu’est pour lui un blog professionnel, à savoir un blog où « son seul et unique animateur y exerce son métier, le journalisme culturel, comme il le fait sur d’autres supports, qu’il y écrit selon les canons de cette profession, et qu’il l’a inscrit dans un modéle économique destiné à le monétiser par la publicité »… Très certainement valable pour nombre de corps professionnels mais discutable pour l’enseignante que je suis. Un blog pédagogique se conjugue à plusieurs voix, celles des élèves et celle de l’enseignant. Pourrais-je par ailleurs monétiser les travaux pédagogiques de mes élèves ? Cela me semble éthiquement impossible. Professionnalisation ne rime pas forcément avec monétisation.
  • Il définit sa ligne éditoriale : « Il était hors de question de raconter ma vie et d’exposer mes vues sur le monde ; il s’agissait bien de me consacrer à la critique de livres, à l’information sur la vie littéraire et à quelques réflexions sur l’écriture, en France et à l’étranger. »
  • Il expose les ressorts de la fidélisation de son lectorat :  « il faut leur donner rendez-vous, non pas périodiquement comme c’est le cas avec le papier, mais en permanence, c’est-à-dire en temps réel ». Un choix exigeant auquel tous les blogueurs n’adhèrent pas, certains mêmes développant un art de lenteur, intitulé Slow Blogging, fort pertinemment décrit par Eric Mainville.
  • La communauté des lecteurs d’un blog est une source d’informations : « souvent les lecteurs m’envoient des informations, m’alertent sur telle parution, me mettent sur des pistes  » et font preuve comme il le constate plusieurs fois d’une expertise qui dépasse la sienne. Des propos qui font écho à cet article d’ Alain Joannès sur l’apport des blogs d’experts et auteur d’un excellent livre sur les nouveaux outils du journalisme.
  • Et de constater par les mots de Andrew Keen, auteur de « Il ne faut pas diaboliser Google » : « l’information, aujourd’hui, est devenue une conversation. »
  • La communauté d’un blog peut être prescriptrice et donc actrice économique : « les éditeurs surveillent La République des Livres. Ils savent la capacité d’un blog littéraire à devenir un prescripteur de livres, qu’il s’agisse du blogueur ou de ses commentateurs ».
  • Que « cherche-t-on (sur un blog) sinon (…) transcender la réalité comme autrefois ? Une ritournelle qui nous fait méditer sur ce « nouvel » art de la conversation …

Suivent après cette préface réflexive la publication des commentaires savoureux publiés par les sagaces lecteurs et « intervenautes » du blog de Pierre Assouline : à savourer … de façon silencieuse et sans portable ;-) ?

Image : capture écran de la bannière de la République des Livres.