Christelle Membrey-Bézier

Cultures numériques. Stratégies digitales. DSI.

Intertice – Construire un projet éditorial en ligne : une éducation critique à Internet

Lorsqu’un enseignant  construit un projet éditorial  en ligne avec sa classe, idée que M. Freinet n’aurait pas reniée, des questions connexes surgissent souvent, liées à la culture numérique du public avec lequel il travaille et aux représentations, pratiques et usages souvent observés sur la Toile.

Si le contenu, les savoirs et les compétences visées demeurent au coeur de sa démarche, il ne pourra cependant participer à leur valorisation, à leur médiatisation ni viser à l’ appropriation de ses objectifs disciplinaires sans prendre en compte certaines spécificités propres aux médias numériques qu’il utilise …

Un constat, qui, au fil du temps, l’amènera à poser un nombre de certain de questions.
Sans doute toutes ne feront-elles pas l’objet d’un même éclairage selon la nature des projets.

Toutes participeront, en revanche, indubitablement, à la construction active d’une éducation critique à Internet.

Apprendre à nos élèves à s’exprimer en ligne, c’est en effet leur montrer qu’Internet n’est pas simplement le lieu d’une expression personnelle mais aussi un territoire éducatif, un enjeu professionnel, un lieu où différentes voix se conjuguent et où ils devront apprendre à évoluer au fil des ans.

Autant d’éléments qui les amèneront à mieux saisir les ressorts des industries médiatiques du web et à élaborer une ou plusieurs stratégies d’expression sur le réseau, qui, contribueront par leur co-existence, à prendre conscience des enjeux liés à l’expression personnelle de chaque citoyen sur la Toile.

Un concept, que l’on retrouve aujourd’hui de façon opportune, sous l’appellation « identité numérique » et qui souligne les enjeux citoyens et les débats historiques liés à la conjugaison entre vie privée et vie publique …

Car, oui, cet espace que l’on nomme la Toile, et que l’on voudrait nous faire croire si … spécifique,  n’est, bien souvent, avouons-le :-), que le prolongement de nos vies IRL …

* IRL  : in « real » life

Merci à Michel Guillou, à l’équipe d’Intertice et à l’ensemble des participants pour la qualité de leur accueil lors de la présentation de ces quelques réflexions.

N.B : pour ceux et celles qui souhaiteraient consulter le projet éditorial que j’anime, c’est par ici : « On ne naît pas internaute, on le devient! » : http://www.cicla71.com

N.B2 : il existe plusieurs services permettant de créer un avatar numérique : celui que nous avons observé  a été créé à l’aide ce service : Face Your Manga : http://www.faceyourmanga.com/welcome.htm



Biennale de la M@ison de Grigny – Conférence – « On ne naît pas internaute, on le devient! »

Merci à toute l’équipe de la Maison de Grigny pour la chaleur de leur accueil. Des pensées toutes particulières pour Jacques Houdremont et pour Guy Pastre qui m’ont permis de rendre compte de ce projet éditorial en ligne.

Comment résumer cinq années de son existence ? Tel était mon propos :-). C’est ce que j’ai tenté de faire avec enthousiasme à propos de ce projet d’éducation au média internet qui m’est cher et que je construis depuis cinq ans : « On ne naît pas internaute, on le devient ! » consultable à l’adresse suivante : http://www.cicla71.com .

Vous découvrirez ici le récit de nos tâtonnements, de nos projets et les questions qui nous ont guidés :

  • quel lien avec l’enseignement disciplinaire de lettres ?
  • comment construire un projet éditorial en ligne ?
  • Internet, est-ce seulement pour les geeks ?
  • quelle identité numérique pour la classe ?
  • quelle identité numérique pour l’enseignant ?
  • et surtout, comment engager concrètement et modestement une éducation critique à internet … par la réflexion et par l’action ?

Que blogues-tu? Pourquoi blogues-tu? Blogues-tu « à part »? Usages juvéniles de la « scène médiatique » du blog par Mme Dumez Féroc

Pourquoi les jeunes bloguent-ils ? Quelles sont leurs pratiques de production et de réception de l’écrit et de l’image en ligne ? Dans un ouvrage intitulé « Les jeunes et les médias, Les raisons du succès », dirigé par Laurence Corroy, Isabelle Dumez Féroc, chercheur, maître de conférences en Sciences de l’Information et de la Communication à l’Université de Poitiers, qui a fait des usages enfantins et juvéniles des TIC son principal domaine de recherche, tente de répondre à ces questions.

Internet, précise-t-elle, est une technologie qui sert des logiques sociales très diversifiées et qui met en oeuvre des dispositifs de communication, synchrone  et asynchrone. Son utilisation relève du phénomène social tant par sa  dimension individuelle que collective.

Une grande majorité des jeunes se sert de ce média de façon quotidienne : un média qui fonctionne comme les autres sur une logique de flux. Par nature,  un blog est un site réactif qui fonctionne sur cette logique de production-réception en flux et qui donne la possibilité de produire et d’interagir immédiatement. Un objet médiatique qui nécessite peu de savoir-faire technique, une « proposition gratuite d’armatures à compléter avec des contenus textes images et sons ».
L’auteur note d’ailleurs que « l’abondance de telles productions a promu l’écriture du blog au statut de genre rédactionnel  » -plus proche du billet critique que de la brève journalistique toutefois-.
Chaque utilisateur de ces espaces de publication devient ainsi auteur, directeur et responsable de sa publication au sein d’un espace de diffusion libre -sans autorité- dont la seule instance de légitimation est est finalement la communauté de pairs.

Pourquoi bloguer ? Pourquoi communiquer sur et avec Internet ? L’auteur de cette enquête s’est adressée  à  une trentaine de jeunes français de juin 2007 à janvier 2008 au cours d’entretiens semi-directifs. Elle souligne la faiblesse des revenus économiques des groupes de jeunes usagers et la gratuité apparente des outils du web 2.0.  Elle caractérise surtout sociologiquement l’utilisation de son support.

Le blog est un « répertoire relationnel qui permet de tisser des liens » et de « produire son identité sociale ».
Les énoncés intimes engendrent des phénomènes d’identification et de reconnaissance. Un jeune blogueur partage ses  intériorités, ses activités communes, ses opinions. Le blog lui permet d’instaurer une continuité dans la communication et le partage de cette « intériorité ». Les blogs de fans sont plus rares que l’on ne l’imagine car de facto, spontanément, les jeunes blogueurs s’adressent à un cercle de proches, remettant au goût du jour la loi journalistique dite « loi de proximité ».

Que blogues-tu ?

•    Le blogueur présente  ses amis.
•    Le blogueur parle de lui.
•    Le blogueur décrit les activités sociales du groupe auquel il appartient.
Autant d’accroches qui ont pour objectifs de déclencher la conversation.
Les articles traitant des questions de société sont plutôt rares car non conformes au format d’article socialement admissible dans le groupe.

Ce sont les commentaires des lecteurs qui fonctionnent comme vecteur principal des normes sociales  implicitement partagés par le groupe. – N.B : Une simple observation d’un Skyblog vous fera noter que le croustillant de tels espaces ne se situe pas forcément dans les articles mais dans les commentaires, ces derniers étant parfois si nombreux que l’on si perd !
Cette place accordée aux commentaires, cette porte ouverte laissée au regard d’autrui explique aussi  l’uniformisation des blogs tant sur le plan du graphisme que du contenu. In fine, le blog, puisque permettant de rester en contact avec autrui, prend essentiellement une dimension phatique. Un phénomène que l’on constate aussi chez les blogueurs adultes, dont certains vont jusqu’à écrire -eux aussi- des articles pour expliquer qu’il n’y aura pas d’articles ;-) …

Dans ce type de  blog, note l’auteur,  « la manière dont est exprimée la personnalité du blogueur a souvent plus d’importance que ce qu’il énonce. Aussi l’aspect visuel est-il primordial. »

Combien de temps blogues-tu ?

L’espace temps du blogging adolescent, contrairement à ce que l’on peut imaginer, est court. Selon les réponses fournies par un groupe d’adolescents, il serait d’à peine une demi-heure. Son emploi du temps, notamment scolaire, ne lui permet pas davantage. Rares sont les jeunes interrogés par l’auteur qui déclarent positionner leurs activités de publication ligne de priorité sur leur emploi du  temps -sauf au début peut-être de leur projet de publication.

Pourquoi blogues-tu ?

C’est une activité ludique, superfétatoire en apparence mais qui remplit plusieurs fonctions explicites et implicites.

•    Elle permet d’adopter une posture de consommation médiatique audiovisuelle avec la consultation de sites web : c’est ce que l’on pourrait résumer par cette idée : « pour être dans le coup, mon poussinou, il te faut un blog,  sous peine d’être ringard »
•    Elle  participe de la culture du contrat car elle s’adresse à un public : elle facilite une  « sociabilité horizontale » avec les pairs. Qui n’a pas déjà noté que le blog d’un adolescent est en effet bien peu lu – ou même connu de ses parents , si ce n’est par des amis ?
•    Elle permet aussi une communication triangulée, le jeune blogueur prenant à parti des inconnus pour parler de et à son groupe d’appartenance.
•    Elle facilite une communication asynchrone ; l’ interaction qu’elle facilite permet d’échapper aux contraintes financières et temporelles.
•    Elle permet de réfléchir à l’avance à la forme à l’objet et à la forme de l’article : prendre le temps et le plaisir d’écrire, réfléchir, revenir en arrière sont des activités ici mises en valeur.
•    Elle permet de parler sur soi plutôt que de parler de soi. Elle remplit ainsi un rôle de présentation et de représentation pour objectiver ou incarner sa propre existence. Mais aussi un rôle de construction qui permet de faire évoluer une image de soi.
•    Elle est semblable de facto à une carte de visite évolutive, autorisant une définition de soi et une publicisation de la facette choisie : les changements  de blogs eux-mêmes (création ou suppression) sont des éléments révélateurs de cette dynamique.
•    Elle permet l’intégration dans un groupe : puisque tout le monde a un blog, en avoir un permet d’exister  dans le groupe.
•    Contrairement au blog d’adultes, cet espace de publication n’a pas de fonction informative mais une fonction sociale. Le blog constitue l’occasion de déployer sa sociabilité digitale.

•    Véritable « scène médiatique », il mêle voyeurisme et exhibitionnisme en permettant aux adolescents à la fois de voir les autres mais aussi d’assouvir leur besoin d’expression personnelle.

•    La clé de son succès, le blog la doit à ce sentiment de liberté.
•    Il est important de souligner que « la pratique du blog a de réels bienfaits : elle éveille chez de nombreux jeunes le goût de l’écriture et la passion de l’image, elle valorise l’expression et les productions d’une jeunesse sovent en  mal d’estime et elle participe au maintien d’un lien social parfois en déliquescence dans certains lieux de vie (quartiers, établissements scolaires). Quand le virtuel vient à la rescousse du réel, le blog peut se targuer de son succès. »

Des remarques que mes propres usages et observations confirment, même si, comme à l’habitude, je ne peux m’empêcher de sursauter lorsque je lis que le blog « adulte » serait plus « informatif » que le blog « adolescent ». De telles affirmations dessinent un territoire moral de l’Internet, où il serait de bon ton d’opiner du chef dès qu’il s’agit d’éduquer nos enfants tout en faisant mine de ne pas noter que les pratiques des « adultes » sont souvent similaires … et doivent faire l’objet de tout autant de vigilance.

Autant le contenu de ces travaux me semble pertinent, autant l’idée -présente dans le titre de cette enquête- que les jeunes blogueraient différemment des adultes et réciproquement, me semble à débattre …

En tant qu’enseignante et citoyenne, à l’heure où Internet rime souvent avec peurs, j’ai été particulièrement sensible par ailleurs à la volonté de l’auteur de souligner les bienfaits potentiels du blog en notant son lien avec la lecture, l’écriture et le partage, des dimensions qui me sont chères !

Histoire du blog : repères mondiaux et anecdotes francophones

J’ai réalisé ce diaporama au fil de mes lectures. J’ai souhaité y entrelacer des repères mondiaux et francophones pour disposer de quelques repères chronologiques toujours fort utiles à soumettre aux personnes avec lesquelles je travaille. N’hésitez pas à me faire part de vos remarques car il peut sûrement encore être amélioré et complété.

Je tiens également par ailleurs à citer explicitement les sources suivantes, issues d’univers différents :

  • Blog du Marketing 2.0, « BLOG STORY PART1: les billets qui ont marqué l’histoire (article collaboratif) », par l’agence You to You.

http://www.marketing20.fr/blog-marketing/blog-story-part1-les-billets-qui-ont-marque-lhistoire-article-collaboratif/

  • Le Monde du Blog, « Une petite histoire des blogs dans l’hebdo Vendredi », par Gilles Klein.

http://www.lemondedublog.com/2008/12/une-petite-histoire-des-blogs-dans-lhebdo-vendredi.php

  • Chronicart,  les néo-blogeurs vont-ils pourrir Internet ?, octobre 2008, n°49

http://www.chronicart.com/chroprint/chro49.php

  • Créer, trouver et exploiter les blogs, Olivier Ertzscheid, ADBS Editions

Consultez également son blog : http://www.affordance.info

  • Une pensée toute particulière pour Cyril Fiévet, auteur de Blog Story : cela fois deux fois que je prête son livre et deux fois qu’on « oublie » de me le rendre. Si quelqu’un veut m’offrir le troisième ;-) ..

Pour une meilleure lecture, utilisez l’icône « petit écran » qui vous permettra une lecture « plein écran ».

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Brèves de Blogs par Pierre Assouline – Fragments d’un discours blogueux

Cela faisait plusieurs fois que je lorgnais sur cet ouvrage, ostensiblement affiché dans la vitrine d’une librairie du XVIème arrondissement. L’une de celles où le silence règle, où personne n’est assis par terre pour feuilleter des ouvrages délicieux, où dès l’entrée, immédiatement, l’on trouve, une affichette en lettres majuscules  « Merci de ne pas utiliser votre téléphone portable ». Dont acte. Crispation intérieure ;-).

La troisième fois fut la bonne, je repartis avec l’ouvrage : une bestiole de 428 pages sobrement intitulée « Brèves de blog – Le nouvel âge de la conversation » commise par le dénommé Pierre Assouline, que l’on ne présente plus et qui du haut de son rutilant blog intitulé « La République des Livres » ne pouvait que parler à mon coeur de passionnée des Lettres s’intéressant aux usages éditoriaux du blog et à leurs enjeux.

Pourquoi la préface écrite par M. Assouline retint-elle mon attention ?

  • M. Assouline, fort de son expérience personnelle, éditoriale et professionnelle du blog, nous livre ses convictions sur l’univers du blog et les citations qui l’inspirent.
  • Sur ce blog, « On ne s’intéresse pas  aux gens pour ce qu’ils font – leur fortune, leur pouvoir ou leur métier, toutes choses ignorées et jamais demandées – mais pour ce qu’ils sont », affirme-t-il page 9. Un constat plutôt réjouissant mais qui questionne à l’heure où l’on s’empoigne sur d’autres sphères internautes sur les influences et les personnalités blogosphériques … ;-), à l’heure où la gestion de l’identité numérique devient elle aussi un enjeu économique – et une urgence citoyenne ?
  • Un blog est un espace de dialogue. Il met en oeuvre « une égalité de départ entre les interlocuteurs » puisque chacun peut s’exprimer. C’est un « salon » où règne l’art de la conversation et de faire référence à la grande période des salons littéraires en France.
  • Un art curieux de la conversation : « Poster un commentaire à la suite d’un billet sur un blog, c’est avoir l’assurance de s’exprimer sans être interrompu« . Une phrase à méditer ;-).
  • Il explique ce qu’est pour lui un blog professionnel, à savoir un blog où « son seul et unique animateur y exerce son métier, le journalisme culturel, comme il le fait sur d’autres supports, qu’il y écrit selon les canons de cette profession, et qu’il l’a inscrit dans un modéle économique destiné à le monétiser par la publicité »… Très certainement valable pour nombre de corps professionnels mais discutable pour l’enseignante que je suis. Un blog pédagogique se conjugue à plusieurs voix, celles des élèves et celle de l’enseignant. Pourrais-je par ailleurs monétiser les travaux pédagogiques de mes élèves ? Cela me semble éthiquement impossible. Professionnalisation ne rime pas forcément avec monétisation.
  • Il définit sa ligne éditoriale : « Il était hors de question de raconter ma vie et d’exposer mes vues sur le monde ; il s’agissait bien de me consacrer à la critique de livres, à l’information sur la vie littéraire et à quelques réflexions sur l’écriture, en France et à l’étranger. »
  • Il expose les ressorts de la fidélisation de son lectorat :  « il faut leur donner rendez-vous, non pas périodiquement comme c’est le cas avec le papier, mais en permanence, c’est-à-dire en temps réel ». Un choix exigeant auquel tous les blogueurs n’adhèrent pas, certains mêmes développant un art de lenteur, intitulé Slow Blogging, fort pertinemment décrit par Eric Mainville.
  • La communauté des lecteurs d’un blog est une source d’informations : « souvent les lecteurs m’envoient des informations, m’alertent sur telle parution, me mettent sur des pistes  » et font preuve comme il le constate plusieurs fois d’une expertise qui dépasse la sienne. Des propos qui font écho à cet article d’ Alain Joannès sur l’apport des blogs d’experts et auteur d’un excellent livre sur les nouveaux outils du journalisme.
  • Et de constater par les mots de Andrew Keen, auteur de « Il ne faut pas diaboliser Google » : « l’information, aujourd’hui, est devenue une conversation. »
  • La communauté d’un blog peut être prescriptrice et donc actrice économique : « les éditeurs surveillent La République des Livres. Ils savent la capacité d’un blog littéraire à devenir un prescripteur de livres, qu’il s’agisse du blogueur ou de ses commentateurs ».
  • Que « cherche-t-on (sur un blog) sinon (…) transcender la réalité comme autrefois ? Une ritournelle qui nous fait méditer sur ce « nouvel » art de la conversation …

Suivent après cette préface réflexive la publication des commentaires savoureux publiés par les sagaces lecteurs et « intervenautes » du blog de Pierre Assouline : à savourer … de façon silencieuse et sans portable ;-) ?

Image : capture écran de la bannière de la République des Livres.