Christelle Membrey-Bézier

Cultures numériques. Stratégies digitales. DSI.

Forum des Enseignants Innovants et de l’Innovation Educative

Après avoir foulé le territoire de la ville de Rennes, ce Forum unique en son genre se déroulera cette année à Roubaix. Il a pour objectif de reconnaître et valoriser les initiatives pédagogiques de l’univers éducatif. « Le discours médiatique porté sur l’Ecole est trop souvent celui du déclin et du discrédit. (…) Il se méfie des TICE alors que la culture du XXIème siècle est numérique », notent les organisateurs sur la page d’accueil du site officiel dédié à l’action.

Chaque enseignant désireux de partager de telles expériences dépose un dossier, observé par les associations à l’origine de l’événement avec le soutien du Ministère de l’Education Nationale.

L’année dernière, ayant pris connaissance de l’action, j’avais dans un premier temps balayé l’idée de m’inscrire. « Quoi? Me disais-je? Une telle inscription n’est-elle pas bien présomptueuse? En quoi, moi, petite Christelle, serais-je « innovante »? Une question que je me pose toujours d’ailleurs. Le terme lui-même me met mal à l’aise. Ce n’est que sur l’insistance de mes proches et des lecteurs du Cicla que je rendis les armes et finit par m’inscrire.

C’est avec beaucoup d’émotion et de plaisir que j’évoque aujourd’hui ce moment si particulier. J’écris ces quelques mots. Il ne reste plus -comme alors- que quelques heures avant de pouvoir déposer un dossier.  Je me revois tapotante, envoyant in extremis ce diaporama qui présentait les travaux que je mène aux côtés de mes élèves.

Je me revois … Inquiète … Joyeuse … Curieuse ! Repoussant l’heure du repas pour terminer ce fichu dossier ;-).

… Désireuse de rencontrer tous ces collègues … Fabriquant avec mes élèves le panneau qui présenterait notre travail aux membres du jury … Négociant et bataillant avec eux la place de chaque vignette, le contenu de chaque bulle. Appellant Daniel, mon ami collègue et mentor, désormais retraité, celui-là même qui m’avait appris la patience :-), l’amour des pains au chocolat et accessoirement l’art de fabriquer mon premier site internet ;-). Lui demandant de m’accompagner pour ce moment que je sentais différent. Acceptant qu’il soit mon chauffeur. Quittant le collège après 17h. Roulant jusqu’à Sens. M’endormant dans la voiture conduite paisiblement par Daniel. Arrivant tard et tant bien que mal jusqu’à l’hôtel, les yeux chiffonés et le cheveu orangébouriffé. Dévorant un petit-déjeuner plein de petits pains au chocolat :-)! Me rendant sur LES lieux du Forum. Découvrant moults projets. Retrouvant plusieurs collègues. Argumentant avec passion pour expliquer le mien. Observant ceux des autres, en me disant : « mince, mais pourquoi n’y ai-je jamais pensé? ». Mangeant pour quatre, bavardant pour cinq, arrivant en retard benoîtement ;-). Ne résistant pas à cette fichue céphalée. Parvenant à faire fonctionner Skype au petit matin dans cette chambre d’hôtel.  Perdant ma paire de boucle d’oreilles. Twittant la bonne nouvelle : oui, le cicla71 a été récompensé au Forum de Rennes ! Quel  bonheur :-). Trop d’anecdotes en tête. Trop peu de mots finalement.

Le forum se tiendra à Roubaix les 27 et 28 mars 2009. Sur la page d’accueil, un petit rien qui a réjoui mes élèves et moi-même : une photographie du Cicla71 en plein travail !

J’ai hâte de découvrir les nouveaux lauréats. Et je vous invite, en attendant l’annonce des résultats, à re-découvrir le contenu des ateliers de l’année dernière et le nom de tous les lauréats de l’année 2008 en consultant le compte-rendu du Café Pédagogique : http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2008/03/31032008_FEIderoule.aspx.

J’ai une pensée toute spéciale pour mes élèves, l’ensemble des participants – dont ceux avec lesquels je partageai des frites moelleuses en espérant chasser ma céphalée – mais aussi:

Deux enseignantes présentes à mes côtés sur la photographie ci-dessus, avec lesquelles j’ai beaucoup échangé lors du Forum de Rennes et qui ont toutes deux été également récompensées

Pour en savoir plus :

http://www.forum-roubaix2009.fr/

Le Marketing des Juniors – Doudous, doulescents, adolescents, adulescents …

Yohann Gicquel est l’auteur de l’un de ces ouvrages que l’on dévore avec délectation : petit, utile, économique et délicieux à déchiffrer, il devrait figurer dans la bibliothèque de tout jeune internaute curieux de comprendre les ressorts mercantiles du monde dans lequel il évolue. Paru dans la collection « Les Mini-Génies »  – qui recèle d’ailleurs moultes pépites – , « Le Marketing des Juniors » revient ici sur quelques fondamentaux.

Oui, les enfants sont devenus de véritables décideurs et influenceurs dans le processus de consommation familiale. Voilà pourquoi la consommation des juniors intéresse tant aujourd’hui les industriels. Cet engouement pour les juniors – nombril de la société ?-  s’explique par une attention naturelle car physiologique mais aussi économique puisque les enfants sont aussi des consommateurs de plus en plus précoces. La naissance de l’enfant roi marque le pas d’une relation tripartite entre le marketing, le parent et l’enfant. Si dans un premier temps, le marketing s’adresse directement aux parents pour le bien-être de l’enfant, progressivement, l’enfant devient ensuite un intermédiaire dans la relation marketing, conduisant de facto les parents à l’acte d’achat jusqu’à argent de poche oblige, acquérir toute autonomie à ce sujet.

Méthodiquement, l’auteur dresse le portrait de cette communauté en devenir. Quatre sous-générations se distinguent :
•    les doudous : âgés de 0 à 3 ans

•    les doulescents : âgés de 4 à 11, ils se caractérisent  par l’art de l’ « aspiration ascensionnelle », autrement dit le désir de posséder les codes de la tranche d’âge supérieure.

•   les adolescents :  âgés de 12 à 17 ans, ils  s’hyper-identifient à une multitude de personnalités éphémères. Aussi les marques ont-elles du mal à cerner ce segment et notent-elles avec intérêt qu’ils consomment des magazines et des sites internet ou blogs, « à fort pouvoir identitaire, où le je est prédominant, afin de cultiver leur nouvelle identité et de rester à l’affut des bons plans pas chers, voire d’entretenir une certaine culture de la gratuité ».

•    les adulescents :  âgés de 18 à 24 ans.

Comment faire connaître un produit auprès des juniors?

Les ressorts de cette adoption sont identiques à celle des adultes.

« La convoitise naît lorsque le produit est porté par les trendsetters – généralement les médias- qui vont ainsi créer une tendance. Celle-ci s’étendra aux early-adopters, petit nombre d’individus ayant très rapidement accès à l’offre. (…) La rumeur se propage ensuite dans les cours de récréation pour les doudous, les doulescents et les adolescents. Les individus qui, dans ce troisième temps, adoptent massivement l’offre sont appelés les mass adopters ou la ruche. » A partir de ce moment, il n’est plus question de tendance mais de mode. Cette technique de propagation est basée sur le bouche à oreille autrement nommé buzz marketing ou marketing viral, puissant levier mais qui n’est pas facilement maîtrisable. »

La fin de l’ouvrage, pédagogique en diable, ne manque pas de nous livrer dans un glossaire sans blabla le secret de quelques expressions barbares. Etes-vous une Maya ou un Willy ? Pour le savoir, délectez-vous des termes suivants :

ABEILLES
Les abeilles jouent le rôle de connecteurs entre les reines et la ruche dans une communication basée sur une propagation du message par le buzz. Elles adoptent les codes des reines et en font des tendances puis une mode.

BOUCHE A OREILLE – BUZZ
Mode de communication développé entre les individus de façon spontanée, pour transmettre un message.

COMMUNICATION HORS MÉDIA
Par opposition à la communication de masse ou de média (télévision, cinéma, radio, presse, internet, la communication hors-média rassemble la promotion des ventes, les relations publiques, le parrainage … et les cours d’école ;-).

EARLY ADOPTERS
Second groupe de personnes impliquées dans le processus de transmission d’une tendance après les trendsetters.

GUERILLA MARKETING
Pratiques marketing dites manipulatrices qui sont à la limite du déontologique et de la légalité. Les pratiques les plus courantes de guérilla marketing sont la dégradation de la concurrence et la promotion masquée d’une marque sur des forums ou des chats internet.

MARKETING VIRAL – BUZZ MARKETING
Technique marketing dont le but est la propagation d’un message à travers un groupe d’individus à des fins promotionnelles. Le buzz marketing peut aussi provenir du groupe d’individus lui-même qui peut propager un message positif sur la marque ou négatif. Le buzz marketing est difficilement maîtrisable par la marque.

MASS ADOPTERS
Ensemble d’individus le plus important (en volume) qui emprunte une tendance émise par les early adopters; celle-ci une fois prise en charge par la masse devient une mode.

POSITIONNEMENT
Image que la marque souhaite donner à son produit, ou à elle-même, auprès des consommateurs.

REINES
Les reines sont les prescripteurs dans une action de communication dont le moyen de diffusion est le buzz. Elles ont un rôle de connecteurs entre les trendsetters et les abeilles.

RUCHE
La ruche représente l’ensemble de la société dans une communication basée sur une propagation du message par le buzz. Elle rassemble l’ensemble des individus qui ne sont ni des reines, ni des abeilles, elles forment la fin du processus de propagation.

STREET MARKETING
Technique marketing se déroulant dans la rue, qui a pour but de favoriser un contact de proximité avec la cible de la marque, dans le but de promouvoir un produit ou une marque.

Un ouvrage majuscule en dépit de sa taille minuscule ! Quant à ceux qui ne sauraient qui sont Willy et Maya, les voici en pâture et en pleine séance de Street Marketing ;-).

Ouvrage disponible ici.

Que blogues-tu? Pourquoi blogues-tu? Blogues-tu « à part »? Usages juvéniles de la « scène médiatique » du blog par Mme Dumez Féroc

Pourquoi les jeunes bloguent-ils ? Quelles sont leurs pratiques de production et de réception de l’écrit et de l’image en ligne ? Dans un ouvrage intitulé « Les jeunes et les médias, Les raisons du succès », dirigé par Laurence Corroy, Isabelle Dumez Féroc, chercheur, maître de conférences en Sciences de l’Information et de la Communication à l’Université de Poitiers, qui a fait des usages enfantins et juvéniles des TIC son principal domaine de recherche, tente de répondre à ces questions.

Internet, précise-t-elle, est une technologie qui sert des logiques sociales très diversifiées et qui met en oeuvre des dispositifs de communication, synchrone  et asynchrone. Son utilisation relève du phénomène social tant par sa  dimension individuelle que collective.

Une grande majorité des jeunes se sert de ce média de façon quotidienne : un média qui fonctionne comme les autres sur une logique de flux. Par nature,  un blog est un site réactif qui fonctionne sur cette logique de production-réception en flux et qui donne la possibilité de produire et d’interagir immédiatement. Un objet médiatique qui nécessite peu de savoir-faire technique, une « proposition gratuite d’armatures à compléter avec des contenus textes images et sons ».
L’auteur note d’ailleurs que « l’abondance de telles productions a promu l’écriture du blog au statut de genre rédactionnel  » -plus proche du billet critique que de la brève journalistique toutefois-.
Chaque utilisateur de ces espaces de publication devient ainsi auteur, directeur et responsable de sa publication au sein d’un espace de diffusion libre -sans autorité- dont la seule instance de légitimation est est finalement la communauté de pairs.

Pourquoi bloguer ? Pourquoi communiquer sur et avec Internet ? L’auteur de cette enquête s’est adressée  à  une trentaine de jeunes français de juin 2007 à janvier 2008 au cours d’entretiens semi-directifs. Elle souligne la faiblesse des revenus économiques des groupes de jeunes usagers et la gratuité apparente des outils du web 2.0.  Elle caractérise surtout sociologiquement l’utilisation de son support.

Le blog est un « répertoire relationnel qui permet de tisser des liens » et de « produire son identité sociale ».
Les énoncés intimes engendrent des phénomènes d’identification et de reconnaissance. Un jeune blogueur partage ses  intériorités, ses activités communes, ses opinions. Le blog lui permet d’instaurer une continuité dans la communication et le partage de cette « intériorité ». Les blogs de fans sont plus rares que l’on ne l’imagine car de facto, spontanément, les jeunes blogueurs s’adressent à un cercle de proches, remettant au goût du jour la loi journalistique dite « loi de proximité ».

Que blogues-tu ?

•    Le blogueur présente  ses amis.
•    Le blogueur parle de lui.
•    Le blogueur décrit les activités sociales du groupe auquel il appartient.
Autant d’accroches qui ont pour objectifs de déclencher la conversation.
Les articles traitant des questions de société sont plutôt rares car non conformes au format d’article socialement admissible dans le groupe.

Ce sont les commentaires des lecteurs qui fonctionnent comme vecteur principal des normes sociales  implicitement partagés par le groupe. – N.B : Une simple observation d’un Skyblog vous fera noter que le croustillant de tels espaces ne se situe pas forcément dans les articles mais dans les commentaires, ces derniers étant parfois si nombreux que l’on si perd !
Cette place accordée aux commentaires, cette porte ouverte laissée au regard d’autrui explique aussi  l’uniformisation des blogs tant sur le plan du graphisme que du contenu. In fine, le blog, puisque permettant de rester en contact avec autrui, prend essentiellement une dimension phatique. Un phénomène que l’on constate aussi chez les blogueurs adultes, dont certains vont jusqu’à écrire -eux aussi- des articles pour expliquer qu’il n’y aura pas d’articles ;-) …

Dans ce type de  blog, note l’auteur,  « la manière dont est exprimée la personnalité du blogueur a souvent plus d’importance que ce qu’il énonce. Aussi l’aspect visuel est-il primordial. »

Combien de temps blogues-tu ?

L’espace temps du blogging adolescent, contrairement à ce que l’on peut imaginer, est court. Selon les réponses fournies par un groupe d’adolescents, il serait d’à peine une demi-heure. Son emploi du temps, notamment scolaire, ne lui permet pas davantage. Rares sont les jeunes interrogés par l’auteur qui déclarent positionner leurs activités de publication ligne de priorité sur leur emploi du  temps -sauf au début peut-être de leur projet de publication.

Pourquoi blogues-tu ?

C’est une activité ludique, superfétatoire en apparence mais qui remplit plusieurs fonctions explicites et implicites.

•    Elle permet d’adopter une posture de consommation médiatique audiovisuelle avec la consultation de sites web : c’est ce que l’on pourrait résumer par cette idée : « pour être dans le coup, mon poussinou, il te faut un blog,  sous peine d’être ringard »
•    Elle  participe de la culture du contrat car elle s’adresse à un public : elle facilite une  « sociabilité horizontale » avec les pairs. Qui n’a pas déjà noté que le blog d’un adolescent est en effet bien peu lu – ou même connu de ses parents , si ce n’est par des amis ?
•    Elle permet aussi une communication triangulée, le jeune blogueur prenant à parti des inconnus pour parler de et à son groupe d’appartenance.
•    Elle facilite une communication asynchrone ; l’ interaction qu’elle facilite permet d’échapper aux contraintes financières et temporelles.
•    Elle permet de réfléchir à l’avance à la forme à l’objet et à la forme de l’article : prendre le temps et le plaisir d’écrire, réfléchir, revenir en arrière sont des activités ici mises en valeur.
•    Elle permet de parler sur soi plutôt que de parler de soi. Elle remplit ainsi un rôle de présentation et de représentation pour objectiver ou incarner sa propre existence. Mais aussi un rôle de construction qui permet de faire évoluer une image de soi.
•    Elle est semblable de facto à une carte de visite évolutive, autorisant une définition de soi et une publicisation de la facette choisie : les changements  de blogs eux-mêmes (création ou suppression) sont des éléments révélateurs de cette dynamique.
•    Elle permet l’intégration dans un groupe : puisque tout le monde a un blog, en avoir un permet d’exister  dans le groupe.
•    Contrairement au blog d’adultes, cet espace de publication n’a pas de fonction informative mais une fonction sociale. Le blog constitue l’occasion de déployer sa sociabilité digitale.

•    Véritable « scène médiatique », il mêle voyeurisme et exhibitionnisme en permettant aux adolescents à la fois de voir les autres mais aussi d’assouvir leur besoin d’expression personnelle.

•    La clé de son succès, le blog la doit à ce sentiment de liberté.
•    Il est important de souligner que « la pratique du blog a de réels bienfaits : elle éveille chez de nombreux jeunes le goût de l’écriture et la passion de l’image, elle valorise l’expression et les productions d’une jeunesse sovent en  mal d’estime et elle participe au maintien d’un lien social parfois en déliquescence dans certains lieux de vie (quartiers, établissements scolaires). Quand le virtuel vient à la rescousse du réel, le blog peut se targuer de son succès. »

Des remarques que mes propres usages et observations confirment, même si, comme à l’habitude, je ne peux m’empêcher de sursauter lorsque je lis que le blog « adulte » serait plus « informatif » que le blog « adolescent ». De telles affirmations dessinent un territoire moral de l’Internet, où il serait de bon ton d’opiner du chef dès qu’il s’agit d’éduquer nos enfants tout en faisant mine de ne pas noter que les pratiques des « adultes » sont souvent similaires … et doivent faire l’objet de tout autant de vigilance.

Autant le contenu de ces travaux me semble pertinent, autant l’idée -présente dans le titre de cette enquête- que les jeunes blogueraient différemment des adultes et réciproquement, me semble à débattre …

En tant qu’enseignante et citoyenne, à l’heure où Internet rime souvent avec peurs, j’ai été particulièrement sensible par ailleurs à la volonté de l’auteur de souligner les bienfaits potentiels du blog en notant son lien avec la lecture, l’écriture et le partage, des dimensions qui me sont chères !