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Brèves de Blogs par Pierre Assouline - Fragments d’un discours blogueux

Classé dans: Blogs, Lectures Posté: 10 déc 2008

Cela faisait plusieurs fois que je lorgnais sur cet ouvrage, ostensiblement affiché dans la vitrine d’une librairie du XVIème arrondissement. L’une de celles où le silence règle, où personne n’est assis par terre pour feuilleter des ouvrages délicieux, où dès l’entrée, immédiatement, l’on trouve, une affichette en lettres majuscules  “Merci de ne pas utiliser votre téléphone portable”. Dont acte. Crispation intérieure ;-).

La troisième fois fut la bonne, je repartis avec l’ouvrage : une bestiole de 428 pages sobrement intitulée “Brèves de blog - Le nouvel âge de la conversation” commise par le dénommé Pierre Assouline, que l’on ne présente plus et qui du haut de son rutilant blog intitulé “La République des Livres” ne pouvait que parler à mon coeur de passionnée des Lettres s’intéressant aux usages éditoriaux du blog et à leurs enjeux.

Pourquoi la préface écrite par M. Assouline retint-elle mon attention ?

  • M. Assouline, fort de son expérience personnelle, éditoriale et professionnelle du blog, nous livre ses convictions sur l’univers du blog et les citations qui l’inspirent.
  • Sur ce blog, “On ne s’intéresse pas  aux gens pour ce qu’ils font - leur fortune, leur pouvoir ou leur métier, toutes choses ignorées et jamais demandées - mais pour ce qu’ils sont”, affirme-t-il page 9. Un constat plutôt réjouissant mais qui questionne à l’heure où l’on s’empoigne sur d’autres sphères internautes sur les influences et les personnalités blogosphériques … ;-), à l’heure où la gestion de l’identité numérique devient elle aussi un enjeu économique - et une urgence citoyenne ?
  • Un blog est un espace de dialogue. Il met en oeuvre “une égalité de départ entre les interlocuteurs” puisque chacun peut s’exprimer. C’est un “salon” où règne l’art de la conversation et de faire référence à la grande période des salons littéraires en France.
  • Un art curieux de la conversation : “Poster un commentaire à la suite d’un billet sur un blog, c’est avoir l’assurance de s’exprimer sans être interrompu“. Une phrase à méditer ;-).
  • Il explique ce qu’est pour lui un blog professionnel, à savoir un blog où “son seul et unique animateur y exerce son métier, le journalisme culturel, comme il le fait sur d’autres supports, qu’il y écrit selon les canons de cette profession, et qu’il l’a inscrit dans un modéle économique destiné à le monétiser par la publicité”… Très certainement valable pour nombre de corps professionnels mais discutable pour l’enseignante que je suis. Un blog pédagogique se conjugue à plusieurs voix, celles des élèves et celle de l’enseignant. Pourrais-je par ailleurs monétiser les travaux pédagogiques de mes élèves ? Cela me semble éthiquement impossible. Professionnalisation ne rime pas forcément avec monétisation.
  • Il définit sa ligne éditoriale : “Il était hors de question de raconter ma vie et d’exposer mes vues sur le monde ; il s’agissait bien de me consacrer à la critique de livres, à l’information sur la vie littéraire et à quelques réflexions sur l’écriture, en France et à l’étranger.”
  • Il expose les ressorts de la fidélisation de son lectorat :  “il faut leur donner rendez-vous, non pas périodiquement comme c’est le cas avec le papier, mais en permanence, c’est-à-dire en temps réel”. Un choix exigeant auquel tous les blogueurs n’adhèrent pas, certains mêmes développant un art de lenteur, intitulé Slow Blogging, fort pertinemment décrit par Eric Mainville.
  • La communauté des lecteurs d’un blog est une source d’informations : “souvent les lecteurs m’envoient des informations, m’alertent sur telle parution, me mettent sur des pistes ” et font preuve comme il le constate plusieurs fois d’une expertise qui dépasse la sienne. Des propos qui font écho à cet article d’ Alain Joannès sur l’apport des blogs d’experts et auteur d’un excellent livre sur les nouveaux outils du journalisme.
  • Et de constater par les mots de Andrew Keen, auteur de “Il ne faut pas diaboliser Google” : “l’information, aujourd’hui, est devenue une conversation.”
  • La communauté d’un blog peut être prescriptrice et donc actrice économique : “les éditeurs surveillent La République des Livres. Ils savent la capacité d’un blog littéraire à devenir un prescripteur de livres, qu’il s’agisse du blogueur ou de ses commentateurs”.
  • Que “cherche-t-on (sur un blog) sinon (…) transcender la réalité comme autrefois ? Une ritournelle qui nous fait méditer sur ce “nouvel” art de la conversation …

Suivent après cette préface réflexive la publication des commentaires savoureux publiés par les sagaces lecteurs et “intervenautes” du blog de Pierre Assouline : à savourer … de façon silencieuse et sans portable ;-) ?

Image : capture écran de la bannière de la République des Livres.

7 Commentaires »

  1. Eric

    Pierre Assouline est assurément un bon blogueur . Il est authentiquement intéressé par ses lecteurs; je me souviens lui avoir envoyé un mail et il m’a répondu dans l’heure qui a suivi.
    Et pourtant, je le lis rarement, peut-être parce que ses billets sont trop longs ou qu’il parle d’auteurs qui m’intéressent peu…

    Comment — 10 décembre 2008 @ 22:33

  2. Patrick Yeu

    Vous écrivez : “Un blog pédagogique se conjugue à plusieurs voix, celles des élèves et celle de l’enseignant. Pourrais-je par ailleurs monétiser les travaux pédagogiques de mes élèves ? Cela me semble éthiquement impossible. Professionnalisation ne rime pas forcément avec monétisation.”

    Je comprends très bien votre point de vue en tant qu’enseignante, mais la dimension industrielle des TIC et donc des TICE, rend la question et la réponse incontournables. Dès lors que vous utilisez ces technologies qui sont, par nature des biens d’équipement, vous produisez et, surtout, vous faites produire de la valeur à vos élèves. De fait, qu’on le veuille ou non, on ne peut pas utiliser ces technologies sans produire de la valeur y compris économique. Le problème est donc celui-ci. Si vous ne prenez pas en compte cette production de valeur et ne cherchez pas à la valoriser, cela veut dire que d’autres le feront. C’est dire que votre travail et celui de vos élèves seront exploités. Ce qui dépasse la seule sphère économique et touche à la dimension politique et donc éthique.

    Si on pousse le raisonnement plus loin, on s’aperçoit, ce que vous avez certainement dû noter déjà, c’est que l’introduction des TICE bouleverse quelque peu (sic) les pratiques pédagogiques traditionnelles. Pour ma part (je viens du monde des médias de communication), je pense que c’est le rôle même de l’école qui se trouve modifié et la fonction éducative qui se trouve renforcée, la limite entre espace public, domaine public ( ce n’est pas la même chose), domaine privé et donc les frontières entre domaines économique et culturel étant remises en cause.

    Si la télévision ouvre les fenêtres sur le monde et la diversité des situations et des valeurs, les TIC et les TICE précipitent leurs utilisateurs dans le grand bain de l’économie industrielle et financière mondiale. On peut fermer les yeux, ignorer la chose, mais cette réalité nous rattrapera un jour ou l’autre… Autant donc chercher à en faire quelque chose et développer une pédagogie de projets prenant en compte la construction de l’avenir de chacun des utilisateurs. Non ?

    Voilà un débat que j’aimerais bien poursuivre avec vous … et d’autres, bien sûr !

    Bravo pour votre blog et à bientôt j’espère !

    Comment — 11 décembre 2008 @ 13:33

  3. Christelle Membrey

    Eric > Cet ouvrage m’a permis de re-découvrir la richesse et la passion des commentaires écrits par la communauté de ses lecteurs.

    Patrick > Lorsque je faisais référence à la monétisation, je pensais à la présence récurrente sur de nombreux blogs d’espaces publicitaires volontairement mis en place par les blogueurs, espérant ainsi gagner quelques menues monnaies. Les clics de mes élèves ne me semblent pas monnayables, voilà ce que je voulais dire et que j’aurais dû préciser plus amplement.

    Vous écrivez : “La dimension industrielle des TIC et donc des TICE rend la question et la réponse incontournables.” A juste titre. En tant que maillon de la chaîne, j’ai pleinement conscience que je peux apporter mes questions mais que d’autres instances - gouvernementales - seront amenées à prendre le relais à ce sujet. Comme par exemple : en tant qu’enseignant, où puis-je héberger les travaux de mes élèves de façon sereine ? Vous vous doutez bien que cette question de rien du tout n’est finalement pas si simple ;-). De nombreuses académies en France proposent - avec les responsabilités que cela implique, délicates à gérer - des plate-formes dédiées à ce type de publication.

    Prenons le cas de l’un de mes ateliers pédagogiques : “On ne naît pas internaute, on le devient !” : http://www.cicla71.com
    Il y a 4 ans, toutes les solutions en ligne que je connaissais associaient systématiquement l’hébergement gratuit à une publicité-bannière dont je ne maîtrisais pas le contenu. Pour pallier à ceci, j’ai pris la décision de contracter un abonnement qui permettait ainsi aux travaux de mes élèves d’être préservé de cette publicité et de ne pas être en contradiction avec mon éthique et mes obligations professionnelles.

    J’acquiesce aussi quand vous écrivez : “les TIC et les TICE précipitent leurs utilisateurs dans le grand bain de l’économie industrielle et financière mondiale” : un phénomène dont ses utilisateurs ne sont pas forcément conscients et sur lequel,nous adultes et éducateurs, avons un rôle critique à jouer.

    Eduquer au média Internet ne saurait se faire à mon sens sans montrer aux enfants et aux élèves qui nous entourent comment ce média fonctionne, quels sont -entre autres choses- les modèles économiques qui s’y développent.

    Internet modifie certains aspects de l’enseignement. Comment éduquer à ce média sans y participer ? sans mettre en oeuvre également une réflexion distanciée et citoyenne sur ce sujet ? Vous avez raison, c’est un très beau débat, paradoxal parfois, créatif aussi, délicat toujours.

    Quant à la question de l’exploitation des contenus publiés par les sphères industrielles du web, il y aurait là aussi beaucoup à dire.

    A bientôt, j’espère.

    Comment — 12 décembre 2008 @ 10:12

  4. Couteau Suisse N°13 la série des trouvailles

    [...] Brèves de Blogs par Pierre Assouline - Fragments d’un discours blogueux sur le blog de Chirstelle Membrey qui nous fait une bonne critique de livre de Pierre Assouline Brèves de blog : Le nouvel âge de la conversation [...]

    Ping — 12 décembre 2008 @ 14:13

  5. Patrick Yeu

    Christelle > Tout d’abord, je suis ravi. Je crois que sur le fond, question sensibilité sur ce que peuvent ou ne peuvent pas faire les TIC, nous sommes sur la même longueur d’ondes. C’est assez rare pour le noter.

    A propos de monétisation : 1 partout la balle au centre. Je vous suis concernant les bannières et, maintenant, les pub Google. (A ce sujet, la plate-forme Ning offre la possibilité de se débarrasser de la pub moyennant finances). Pour ma part, j’aurais dû être plus précis. Je pensais à plus méchant et plus vicieux encore : l’exploitation systématique de nos traces aux fins de profilages commerciaux ou policiers…

    J’avais fait un tour par l’atelier pédagogique que vous citez. Là aussi, je vous suis totalement, sur l’analyse du contexte qui est le votre. J’apprécie la démarche et la solution que vous avez choisie. C’est effectivement très cohérent.

    Je vous suis aussi totalement concernant l’éducation aux TIC. Oui, l’Internet et les nouvelles technologies sont des médias. Oui, au-delà de leurs applications, ils permettent à nos sociétés de remplir trois fonctions essentielles à leur existence et leur fonctionnement qui sont, d’après Frédéric Barbier et Catherine Berto Lavenir (Histoire des médias de Diderot à l’Internet, Paris, Armand Colin, Coll. U, prendre la première édition, celle de 1996), la conservation, la communication à distance des messages et des savoirs ainsi que la réactualisation des pratiques culturelles et politiques. La réactualisation concerne très directement l’éducation, pas celle qui touche à l’enseignement des enfants et à la formation des adolescents, mais, celle, complémentaire, relative aux us et coutumes, aux bonnes pratiques, à la vie en société, à l’invention du quotidien pour reprendre la formule de Michel de Certeau concernant les usages.

    Ceci posé mes préoccupations m’ont amené à aller plus loin encore. Je suis en train de travailler au lancement d’une démarche dite ETIC pour (Enseignement des TIC) tant les flux de connaissances vont dans les deux sens. On a autant à apprendre des hommes (femmes, enfants, personnes âgées)et de la société (institutions, culture) pour utiliser les TIC (Digital litteracy) que des l’utilisation des technologies pour mieux connaître les hommes au plan cognitif et sociétal et ce qui va avec. Là on touche au numérique et à la dématérialisation des données en tant que moyen de pensée et les modes de pensée qu’ils génèrent.

    Pour d’autres raisons encore - transferts de technologie -, je m’intéresse aux pays en voie de développement. Là, le contexte “offre” des conditions “d’éducation au média internet” permettant, si elles n’obligent, d’appréhender et d’intégrer, d’entrée de jeu, tous les éléments sur lesquels reposent l’économie de ce média amenant à développer, dans le cadre même de la classe et de l’école, des projets concernant le développement pérenne au plan humain, social, économique et même politique s’inscrivant dans une logique d’économie dite sociale parce qu’elle vise à valoriser des questions relevant de l’intérêt général et non particulier. Il faudrait que l’on parle plus en détail de cette démarche. Ne pas vouloir asservir directement ou indirectement les enfants, implique une approche globale qui oblige à tout remettre systématiquement sur le métier. Comme, par exemple, les modes de financement des opérations… Même le micro-crédit n’est pas sans poser problème.

    Du coup, pour répondre à votre question, on ne peut pas enseigner l’utilisation de ces technologies sans participer à ce pourquoi elles sont faites et qu’elles produisent. Donc sans s’intéresser de près à l’avenir. Celui des enfants et donc celui de nos sociétés. Vaste problème ? Oui, mais tout est lié. Ça ne peut pas être fromage ou dessert ! Il y a une révolution copernicienne pas évidente à penser car difficile à mettre en œuvre dans les pays développés mais pas ailleurs (lire l’éditorial de la revue en ligne que vous trouverez là : http://tinyurl.com/6fw5j2) ce qui y rend l’intégration des TIC plus cohérente sur le plan pédagogique, scolaire et sociétal. L’auteur de cet éditorial ne se trompe pas lorsqu’il parle de nouveau paradigme à propos de l’école. Pour parvenir à faire ce saut, il faut parvenir à repenser nos modes d’approche des situations pour faire en sorte que les problèmes ne soient plus les solutions que, spontanément, on vienne à proposer. A commencer par la lutte contre la pauvreté qui amène à traiter de l’urgence et à passer systématiquement à côté de l’issue qui porte sur l’épanouissement des gens et de leurs lieux de vie. Il faut parvenir à en finir avec les stratégies de survie et donner les moyens à chacun de développer des stratégies de vie cette fois.

    Bon, j’arrête là parce que je pourrais continuer encore longtemps ;o)

    A très bientôt. Bonne fin de journée

    Comment — 12 décembre 2008 @ 18:07

  6. iti1801

    Pas mal de temps également que le lorgne sur le bouquin, sans jamais trop oser me le procurer, suite à quelques mauvaises presses, et parce que les achats de noël sont passés par là, donc le budget n’y est plus…
    Mais suite à cet article, je crois que je vais essayer de me le faire offrir pour mon anniversaire : plus qu’un petit mois à patienter !!!

    Comment — 13 décembre 2008 @ 20:14

  7. Christelle Membrey

    Iti1801 > J’avoue que la préface a surtout retenu mon attention et que la publication des commentaires d’un blog m’a semblé un choix éditorial intéressant qui invite aussi à réfléchir au “marché” lié aux conversations.

    Comment — 15 décembre 2008 @ 6:42

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