Christelle Membrey-Bézier

Cultures numériques. Stratégies digitales. DSI.

Le Web 2.0 en perspective – Une analyse socio-économique de l’internet

Franck Rebillard, auteur de cet ouvrage dédié au web 2.0, dresse ici un portrait analytique et socio-économique de l’internet. Un portrait mesuré et conscient de la complexité et de la lenteur inhérente à la mise en oeuvre de ces « nouveaux » usages dans notre existence. Pérennité, mutations, hybridation, il balaie en quelques mots le « raisonnement binaire » qui opposerait l’ancien et le nouveau, les médias traditionnels et internet.

L’avènement des communautés ?

M. Rebillard revient ici sur la croyance « webdeusienne » la plus répandue : la verticalité des médias 1.0 qui s’adresseraient à des consommateurs passifs tandis que les médias 2.0, royaume de la conversation, déploieraient une communauté horizontale, où chacun, se transformant lui-même en média, agirait in fine d’égal à égal avec l’ensemble des producteurs de contenus. Le partage d’informations n’est pas une nouveauté, ajoute-t-il. Ce qui est nouveau, c’est l’envergure de ces pratiques, sans équivalent dans l’histoire. Et de souligner :  » l’internet n’est pas une révolution. C’est plutôt une accélération qu’une mise en mouvement ».

Des communautés virtuelles ?

Internet aurait inventé des « formes de relations sociales dénuées de tout contexte spatial ou temporel ». N’est-ce pas le rôle que joue aussi les médias, notamment spécialisés, que de permettre à des lecteurs souvent éloignés géographiquement de « se retrouver  autour de sujets parfois très pointus » ? Les frontières entre médias traditionnels et Internet sont plus ténues qu’on ne les imagine. Où Internet serait-il plus innovant ? Dans la « fourniture d’un appareillage qui autorise des modalités d’interactions plus variées ».

Tous des auteurs sur la Toile ?

L’internaute, grâce aux outils mis à sa disposition, est désormais impliqué dans la création de contenus. Aussi les sites USER GENERATED CONTENT – sites aux contenus générés par les utilisateurs -font-ils l’objet de toutes les attentions. Ce discours donne l’image d’un internaute actif, à même de se saisir des outils mis à disposition pour créer un contenu qui participe à cette économie … intellectuelle.Les degrés d’implication et de participation sont pourtant multiples : on peut tout aussi bien donner son avis, voter sur un site, poster un commentaire, participer à un forum, publier sur un wiki ou sur un blog. Quid de la notion d’auteur ? Cette notion, selon M. Rebillard, « renvoie à un modèle éditorial non directement transposable à l’internet ». Toute activité de mise en relation, d’échange ou de circulations de contenus peut-elle être assimilée à une écriture ? « Il faut une cohérence sémantique née d’une finalité communicationnelle. C’est à ce prix-là  que l’internaute est auteur. » Et de souligner que les producteurs de contenus originaux sur la Toile sont moins nombreux qu’on ne l’imagine : même si une certaine industrie du web laisse à entendre le contraire, beaucoup d’internautes se contentent de relayer des informations produites par d’autres.

Mettre à distance l’idéologie techniciste

Des remarques qui amènent peu à peu M. Rebillard à inviter le lecteur à noter la part d’imaginaire qui entoure le déploiement des technologies. « La nouvelle technologie, note-t-il, est censée féconder une aussi toute nouvelle organisation des relations sociales, des rapports au travail ou des pratiques médiatiques et culturelles ». Et de citer les prophéties des grands acteurs, les fabrications des premières applications, les représentations journalistiques de l’internet et celles issues de la littérature de vulgarisation ou d’anticipation qui sont souvent bien loin de correspondre aux réalités des pratiques.

Cette utopie n’ a rien de nouveau ! Elle s’inscrit selon lui dans trois traditions historiquement datées :

  • « le culte saint-simonien des réseaux »
  • « le principe wienerien d’une circulation de l’info sans entrave »
  • « la critique post-soixante-huitarde de la consommation, dans la promotion de l’autonomie individuelle »

« Des discours d’autant mieux accueillis socialement qu’ils collent, ajoute-t-il, au nouvel esprit du capitalisme. » Une vision critique des idéologies liées au déploiement de ces technologies qui ne l’empêche pas de montrer, toujours avec force citations et réflexions, qu’ Internet est un dispositif de communication « total », qui mobilise la quasi-totalité des secteurs d’activité et qui est présent tant dans l’espace domestique que sur le lieu de travail ou dans les lieux publics. Son aspect protéiforme et paradoxal doit nous inviter à une mise à distance critique vis-à-vis des discours qui y sont associés.

Franck Rebillard,Le Web 2.0 en perspective, Une analye socio-économique de l’Internet, L’Harmattan, Questions Contemporaines – Série Les industries de la culture et de la communication.

Mes notes sont loin d’être exhaustives. La richesse de cet ouvrage mérite beaucoup plus que quelques lignes.

Et pour conclure …

Rebillard Web2 Reseaux Sociaux

View SlideShare presentation or Upload your own. (tags: web2.0 internet)

C’est vraiment le genre d’ouvrage que j’aurais aimé lire lorsque j’ai fait mes premiers pas sur la Toile il y a de cela quelques années et où, tel Bambi, je naviguais dans un océan de nouveautés, prétendant « révolutionner » mon existence, me présenter un Internet « nouveau » ou encore m’apprendre à apprendre mais bien sûr … de façon 2.0 ;-) ! Au mois de mai, comme tous les écrivaillons le prétendent ;-) – ma vie a pris un tournant décisif, j’ai décidé, acté, effectué, changé, bifurqué, appris et rencontré un homme délicieux et intelligent dont je lisais les écrits internautes avec beaucoup d’attention depuis plusieurs mois. Un homme que bêtement – pour assister à une présentation commerciale sans intérêt d’un service qui allait soi-disant révolutionner mes pratiques d’enseignante – je fis attendre plus longtemps qu’il ne l’aurait fallu. C’est vrai, on ne devrait jamais faire attendre les esprits que l’on aime. Mais le sort en avait décidé ainsi. Et non contente d’en faire attendre un, j’en fis attendre deux, le second ayant la délicatesse de me faire croire … qu’il ne m’attendait pas et que bien sûr … mais passons, je m’égare et cesse de faire attendre ce saint homme, même dans les mots de ce billet ! Me voici donc pantelante, le talon morcelé, la mine défaite, l’agacement perceptible – j’adore détester arriver en retard – et là, cet homme qui m’offre sa présence, ses mots,  ce livre – et aussi des petits fours que je dévorerai consciencieusement en faisant mine de ne pas le faire. Il ne le sait pas mais c’est mon anniversaire. Il ne le sait pas mais j’emmènerai ce livre dans plus de trains et de voitures que je ne serai capable de compter. Il ne le sait pas mais je sais déjà que si un jour, je dois écrire, ce sera sur ce livre ! Dont acte.

Brèves de Blogs par Pierre Assouline – Fragments d’un discours blogueux

Cela faisait plusieurs fois que je lorgnais sur cet ouvrage, ostensiblement affiché dans la vitrine d’une librairie du XVIème arrondissement. L’une de celles où le silence règle, où personne n’est assis par terre pour feuilleter des ouvrages délicieux, où dès l’entrée, immédiatement, l’on trouve, une affichette en lettres majuscules  « Merci de ne pas utiliser votre téléphone portable ». Dont acte. Crispation intérieure ;-).

La troisième fois fut la bonne, je repartis avec l’ouvrage : une bestiole de 428 pages sobrement intitulée « Brèves de blog – Le nouvel âge de la conversation » commise par le dénommé Pierre Assouline, que l’on ne présente plus et qui du haut de son rutilant blog intitulé « La République des Livres » ne pouvait que parler à mon coeur de passionnée des Lettres s’intéressant aux usages éditoriaux du blog et à leurs enjeux.

Pourquoi la préface écrite par M. Assouline retint-elle mon attention ?

  • M. Assouline, fort de son expérience personnelle, éditoriale et professionnelle du blog, nous livre ses convictions sur l’univers du blog et les citations qui l’inspirent.
  • Sur ce blog, « On ne s’intéresse pas  aux gens pour ce qu’ils font – leur fortune, leur pouvoir ou leur métier, toutes choses ignorées et jamais demandées – mais pour ce qu’ils sont », affirme-t-il page 9. Un constat plutôt réjouissant mais qui questionne à l’heure où l’on s’empoigne sur d’autres sphères internautes sur les influences et les personnalités blogosphériques … ;-), à l’heure où la gestion de l’identité numérique devient elle aussi un enjeu économique – et une urgence citoyenne ?
  • Un blog est un espace de dialogue. Il met en oeuvre « une égalité de départ entre les interlocuteurs » puisque chacun peut s’exprimer. C’est un « salon » où règne l’art de la conversation et de faire référence à la grande période des salons littéraires en France.
  • Un art curieux de la conversation : « Poster un commentaire à la suite d’un billet sur un blog, c’est avoir l’assurance de s’exprimer sans être interrompu« . Une phrase à méditer ;-).
  • Il explique ce qu’est pour lui un blog professionnel, à savoir un blog où « son seul et unique animateur y exerce son métier, le journalisme culturel, comme il le fait sur d’autres supports, qu’il y écrit selon les canons de cette profession, et qu’il l’a inscrit dans un modéle économique destiné à le monétiser par la publicité »… Très certainement valable pour nombre de corps professionnels mais discutable pour l’enseignante que je suis. Un blog pédagogique se conjugue à plusieurs voix, celles des élèves et celle de l’enseignant. Pourrais-je par ailleurs monétiser les travaux pédagogiques de mes élèves ? Cela me semble éthiquement impossible. Professionnalisation ne rime pas forcément avec monétisation.
  • Il définit sa ligne éditoriale : « Il était hors de question de raconter ma vie et d’exposer mes vues sur le monde ; il s’agissait bien de me consacrer à la critique de livres, à l’information sur la vie littéraire et à quelques réflexions sur l’écriture, en France et à l’étranger. »
  • Il expose les ressorts de la fidélisation de son lectorat :  « il faut leur donner rendez-vous, non pas périodiquement comme c’est le cas avec le papier, mais en permanence, c’est-à-dire en temps réel ». Un choix exigeant auquel tous les blogueurs n’adhèrent pas, certains mêmes développant un art de lenteur, intitulé Slow Blogging, fort pertinemment décrit par Eric Mainville.
  • La communauté des lecteurs d’un blog est une source d’informations : « souvent les lecteurs m’envoient des informations, m’alertent sur telle parution, me mettent sur des pistes  » et font preuve comme il le constate plusieurs fois d’une expertise qui dépasse la sienne. Des propos qui font écho à cet article d’ Alain Joannès sur l’apport des blogs d’experts et auteur d’un excellent livre sur les nouveaux outils du journalisme.
  • Et de constater par les mots de Andrew Keen, auteur de « Il ne faut pas diaboliser Google » : « l’information, aujourd’hui, est devenue une conversation. »
  • La communauté d’un blog peut être prescriptrice et donc actrice économique : « les éditeurs surveillent La République des Livres. Ils savent la capacité d’un blog littéraire à devenir un prescripteur de livres, qu’il s’agisse du blogueur ou de ses commentateurs ».
  • Que « cherche-t-on (sur un blog) sinon (…) transcender la réalité comme autrefois ? Une ritournelle qui nous fait méditer sur ce « nouvel » art de la conversation …

Suivent après cette préface réflexive la publication des commentaires savoureux publiés par les sagaces lecteurs et « intervenautes » du blog de Pierre Assouline : à savourer … de façon silencieuse et sans portable ;-) ?

Image : capture écran de la bannière de la République des Livres.